freeman2012« La vision du photographe : comprendre l’œuvre des grands photographes », le plus récent ouvrage de Michael Freeman, vient de paraître aux éditions Pearson. Son propos se loge dans la question qui clôt l’introduction et devrait passionner attirer les mordus de forum : « comment s’y prendre pour lire une photographie sans tomber dans l’esprit critique ? » Le talent de Michael Freeman est de nous accompagner dans cette démarche aux côtés de quelques-uns des plus grands noms de la photographie et de leurs images. Mais son but n’est pas seulement de nous permettre de comprendre les œuvres présentées : il s’agit bien de faire de nous de meilleurs photographes, qui saisiraient mieux ce que la variété des choix et des voies possibles peut offrir de créatif et de personnel.

En effet, le pont entre l’histoire d’un art et sa pratique s’avère souvent difficile à franchir. Connaître la biographie, les principes, les choix, les théories esthétiques de tel ou tel artiste ne garantit pas, loin s’en faut, de mieux comprendre ensuite sa pratique pour qu’elle inspire la nôtre. Et à l‘inverse, d’excellents conseils dans la réalisation concrète d’une œuvre peuvent manquer leur cible, s’ils ne s’étayent sur une analyse minimale de ce qui l’inscrit ou non dans la pratique contemporaine de cet art. Quant à placer simplement le spectateur ou l’auditeur au contact avec l’œuvre puis le laisser se débrouiller, serait-ce l’accès le plus direct à l’Art ? On peut aussi suggérer que c’est assurer une sorte de service minimum… Or l’autre grande qualité de Freeman, toujours fin pédagogue, est justement qu’il donne au lecteur un cours sur l’art qui ne se dit pas. Dans un style assuré, il ouvre plus de questions qu’il n’en résout. Il apporte de nombreux témoignages, textuels et visuels, pour élargir nos horizons. De nombreuses citations sont aussi des invitations à refermer provisoirement l’ouvrage et réfléchir sur notre propre approche de la photographie.

Freeman commence par évoquer brièvement, sous la figure d’« un Art de l’instant », des questions majeures : ce qu’est ou n’est pas une photo, se risquant même à évoquer la « bonne » photo ; les qualités qu’elle recèle et le rôle du public en la matière ; enfin, le processus de réalisation et de lecture d’une photographie. Ce sont ensuite les raisons d’être d’une image photographique qui sont passées en revue. Sans dogmatisme, puisqu’à chaque affirmation Freeman apporte un contrepoint. Impossible pour le lecteur de se sentir captif d’un point de vue. Qui cherche le dernier mot en la matière en sera pour ses frais… mais ceux qui souhaitent dépasser les poncifs y trouveront leur compte. Et puisque l’ouvrage ne serait pas complet s’il omettait une variable essentielle, le photographe lui-même, c’est à cet étrange personnage qu’est consacrée la dernière partie du livre. Avec là encore, autant de façons d’être que de motifs d’engagement. Freeman n’oublie jamais d’introduire le contexte de réalisation des images : il peut être orienté vers l’exercice professionnel ou vers une démarche artistique, au long d’un continuum plutôt qu’une dichotomie, mais Freeman le souligne toujours.

N’oublions pas de dire un mot de ce qui motive le plus souvent le lectorat visé : les images elles-mêmes. Confirmant un regard réfléchi sur sa discipline, Freeman en présente une sélection pertinente, originale et stimulante. Là encore, par l’exemple, de quoi nourrir sérieusement votre inspiration. Ne serait-ce que pour tous ceux dont vous irez ensuite étudier l’œuvre de plus près,  entr’aperçue au détour d’une page !

 La qualité d’impression et de la maquette sont comme toujours au rendez-vous. Malgré la couverture souple, l’ouvrage se range facilement dans la catégorie « beaux livres ». Il se lit vite et avec plaisir, même si  l’on peut aussi se ménager des pauses : la mise en page par chapitres et sections le facilite. Un index et des crédits photographiques détaillés sont disponibles et bienvenus, ils ravissent le lecteur qui cherche à prolonger le dialogue entamé avec les auteurs et artistes croisés. Une bibliographie succincte, ciblée, plutôt tournée vers l’apport de repères (conceptuels, analytiques, esthétiques), est également fournie. Jusque dans ces ultimes pages, donc, ce livre de Michael Freeman sera le partenaire idéal des moments de farniente cet été… et de questionnement en toute saison. De quoi nuancer le tourbillon contemporain des images -les nôtres, les autres- pour s’y replonger ensuite, clairvoyant. Intéressant pour un photographe, non ?

Michael Freeman (2012). La vision du photographe : comprendre l’œuvre des grands photographes. Pearson Education. ISBN : 978-27440-9439-2

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  Une commentaire à “Michael Freeman : La Vision du Photographe”

  1. [...] déjà eu l’occasion de chroniquer ailleurs (ici ou là, par exemple) des ouvrages plus complets de Michael Freeman. Certains portent sur des thèmes [...]

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