0-damien_artus_da59 « L’invitation au voyage » nous ouvre au monde qui s’endort dans une chaude lumière…Voyages, lumière et, comme Baudelaire, célébration de la beauté : les trois composantes auxquelles revient toujours Damien Artus. Nombre d’entre nous l’ont découvert pour ses portraits d’ailleurs, entre territoires et rencontres, ou ses tableaux vivants de créatures en dentelles. Tous le connaissent modérateur de ForumOphoto, au conseil avisé, au mot précis et toujours en retenue. Avec le retour de notre newsletter, Da59 se prête au jeu de l’intime et nous en dit un peu plus sur l’homme et sa pratique.

La photographie, c’est un peu une histoire de famille dans ton cas ?
Disons que mon grand-père était déjà photographe. Militaire de carrière, il se baladait avec ses plaques de verre, l’appareil sur pied et le reste. Puis, à sa retraite il a ouvert un magasin de photo dans un petit village du Lot-et-Garonne. Question clientèle, il était d’ailleurs assez… « exigeant » : il jetait dehors ceux qui avaient le malheur d’avoir raté leurs photos ! Un de ses fils, mon oncle, a repris la boutique et m’a offert pour ma communion mon premier appareil photo, un Instamatic Kodak. Quand j’ai eu une quinzaine d’années, il a changé de matériel et m’a offert son ancien reflex, un Ricoh avec posemètre extérieur. C’est lui qui m’a encouragé et m’a appris à aimer la photo. A l’époque c’est ma petite sœur qui me servait de modèle. Je faisais du noir et blanc, en argentique bien sûr. A l’âge de 17 ans, j’ai rencontré un autre photographe qui m’a appris à développer et tirer mes photos. Jeune marié, je me suis installé un laboratoire photo à domicile. Mais ensuite, ma vie professionnelle a pris toute la place, je n’ai plus fait que des instantanés familiaux, rassemblés avec grand soin par mon épouse dans des albums. Finalement, ce n’est qu’il y a trois ans, à 56 ans, que je me suis vraiment remis à la photographie. D’abord en argentique et en diapositives, puis au numérique, malgré les nombreux inconvénients des premiers appareils –surtout leur temps de déclenchement !

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C’est à cette époque que tu as fait le choix de t’investir complètement dans ta passion photographique ?
Oui. Les circonstances de la vie m’ont permis de cesser mon activité professionnelle de façon anticipée. Mais avant de prendre cette décision, il m’a fallu trouver une activité de remplacement et la photographie, que j’avais mise de côté si longtemps, s’est donc imposée naturellement. Le hasard d’une rencontre a joué aussi. J’avais retrouvé la trace d’une amie d’enfance grâce à Internet et découvert que, devenue artiste-peintre, elle donnait à présent des cours de peinture. C’est elle qui m’a convaincu en me disant un jour : «N’attends pas trop. Passé un certain âge, ça te sera plus difficile d’y revenir ». Cela m’a beaucoup travaillé, à l’époque. Je ne savais pas si la photo pouvait encore m’intéresser au point de devenir mon activité principale, je ne savais pas non plus quelles seraient mes capacités dans ce domaine.

C’est comme ça que je me suis inscrit sur ForumOphoto, pour savoir un peu ce que je valais comme photographe. Les proches peuvent te dire que tes photos sont très belles, ça reste tout sauf objectif ! J’ai posté ma première photo sur fOp…et j’ai pris une rouée de coups. Je la trouvais belle quand je l’ai postée, bien sûr ; mais en la revoyant aujourd’hui, je doute encore que ce soit moi qui aie posté ça ! Je me souviens d’un retour de Ju (Julien Dorol) sur cette photo : ma progression dépendrait de ma capacité à encaisser les critiques. Avec cette idée en tête, j’ai donc décidé de tirer parti de ces critiques et ne pas me vexer. Je n’avais pas envie d’aller dans un club photo, aussi fOp m’a beaucoup aidé sur ce plan. Je me souviens par exemple d’un commentaire de François Benveniste sur l’une de mes premières photos de studio : du potentiel, mais une photo qui peut être améliorée. Je lui avais demandé comment, il avait posté une retouche faite par ses soins et, de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés au téléphone : lui, me guidant sur Photoshop et moi, réalisant le travail en direct, sous ses conseils ! ça a été un partage génial.
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Tu nous rapportes souvent d’impressionnants paysages. Tu sembles rechercher, au cours de tes voyages, l’image au juste mélange de cadrage, d’émotion et lumière… je me trompe ?
Après le Vietnam, les paysages auxquels tu fais allusion sont ceux de la Patagonie, que j’ai eu la chance de découvrir au cours d’un voyage en 2010. Ces paysages ont eu effectivement beaucoup de succès, il faut dire que les sites sont grandioses et superbes. J’ai beaucoup appris au cours de ce séjour, en particulier sur la nécessité de repérer les lieux, de les imaginer avec un éclairage différent, de me lever tôt malgré les -4 ou -5 degrés pour profiter d’un bel éclairage, ou de savoir revenir le lendemain quand celui-ci n’est pas au rendez-vous…Mais je suis un peu resté sur ma faim, car pour moi dans le paysage, il y a trop peu de « valeur ajoutée » par rapport au travail du photographe. Tu te mets à f11, tu cadres et tu appuies sur le bouton. C’est tout ! (nous rions). Je suis avant tout un portraitiste, c’est sûrement ce que je réussis le mieux, or il n’y a pas grand-monde en Patagonie…L’image humaine reste celle qui suscite le plus d’émotion. Même quand je réalise un paysage, j’essaie d’intégrer ce petit plus que sera la présence humaine.

Pour revenir à ta question : les voyages sont une autre de mes passions. J’aime découvrir, apprendre, aller à la rencontre de l’autre. La connaissance d’autres cultures, le contact avec les gens qui vivent différemment, te donnent une vraie ouverture d’esprit et te rendent plus tolérant. J’essaie donc de conjuguer ma passion pour la photo et celle pour les voyages, avec plus ou moins de bonheur. Mes zones de prédilection sont l’Amérique du Sud (mon fils adoptif est brésilien de naissance) et surtout l’Asie. Dernièrement, j’ai visité la Birmanie, aujourd’hui le Myanmar, un pays extraordinaire… A cause du régime politique, les touristes ne l’ont pas encore beaucoup fréquenté, à la différence de la Thaïlande par exemple, qui connaît tous les inconvénients liés au tourisme de masse. Le Myanmar est resté très préservé, authentique. Des gens d’une gentillesse incroyable. L’un des seuls endroits au monde où je laissais mon sac photo quelque part en étant sûr de le retrouver là à mon retour, par exemple. Je ne sais pas si ça durera…Et d’un autre côté, le tourisme leur apportera sans doute des devises qui leur manquent.

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Par ailleurs, en Asie, les rapports des gens à l’image est très différent de chez nous, c’est beaucoup plus facile d’avoir l’accord de quelqu’un pour le prendre en photo. Ce sont même parfois les gens qui te le demandent. En fait, de manière plus générale, la photo m’a apporté une chose : oser aborder les gens. Vaincre ma timidité naturelle et poser la question aux gens que je croise. Car je n’aime pas les photos volées, même si certains s’en font une spécialité. Si je photographie une personne  à son insu, je vais la voir ensuite et je lui montre l’image : s’il souhaite que je l’efface, je m’exécute. Je ne fais pas signer une autorisation à chaque fois, mais je demande au moins la permission. Après tout, que crains-tu ? Rien qu’un refus. Or, d’après mon expérience, ils sont très rares. Surtout si on explique le pourquoi.

Je refuse aussi de donner de l’argent pour faire une photo, sauf cas particulier : quand cela représente un travail pour la personne et que les conditions en sont convenues d’avance. Je préfère ne pas faire de photo plutôt que d’habituer les gens à recevoir une pièce en échange d’une pose. Par contre, je me suis équipé d’une petite imprimante Polaroid, grande comme un paquet de cigarettes, qui te sort un format « carte à jouer » : le coût n’est pas donné, certes, mais ça me permet de laisser une photo à la personne que j’ai photographiée.

Quant à la lumière, je réalise seulement aujourd’hui qu’on ne photographie que la lumière. Tu saisis de la lumière, c’est tout. Il n’y a pas de bonne photographie sans bonne lumière.

A propos de cette lumière, justement : tu es aussi l’auteur de délicates photos en éclairage artificiel. Comment as-tu abordé cette manière de travailler ?
Quand j’ai recommencé la photo, je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire. Je me suis donc essayé à tous les genres : paysage, macro, architecture, etc. Les remarques des autres m’ont vite fait comprendre que ce que je réussissais le mieux était aussi ce qui m’intéressait le plus, c’est à dire le portrait. J’aime capturer une expression fugace, et comme je l’ai dit l’image humaine est sans doute le moyen le plus fort de faire passer une émotion. J’ai donc voulu explorer aussi la voie du studio.

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J’ai eu beaucoup de chance car Marie, mon premier modèle était très expérimenté. Elle m’a appris énormément et donné envie de continuer. C’est surtout elle qui m’a piloté, plutôt que l’inverse… Elle m’expliquait le résultat de tel éclairage dans telle position, tous ces détails qui m’échappaient encore. Nous avons souvent travaillé ensemble. Quand j’ai essayé une séance avec quelqu’un qui posait pour la première fois, ça a été…nettement moins réussi ! J’avoue que je n’avais pas non plus donné d’instructions sur l’habillement ni sur les conditions. De cette séance, j’ai cependant retenu qu’un petit copain omniprésent est à déconseiller ! Cela m’a aussi appris ce qu’il faut anticiper et ce qu’il faut éviter. Dans tous les cas, il faut sécuriser le modèle et, quand on débute, travailler avec un modèle qui a une certaine expérience. C’est essentiel.

Que retires-tu de l’approche studio ? Et où te conduit-elle ?

Je suis allé voir comment travaillent les professionnels de la mode, ce qui m’a fort impressionné. Le travail en studio est très différent de ce que j’avais expérimenté auparavant en photographie. En reportage, on dépend du sujet, du temps qu’il fait, on « prend » des photos et on sélectionne les meilleures. En studio, le photographe arrive avec sa photo en tête : il s’agit de construire un projet avec une équipe, trouver un thème, un lieu, un modèle, une maquilleuse et de travailler ensemble. Il faut deux heures pour tout mettre en place, à l’issue desquelles le type fera dix photos, pas plus. Le modelage de la lumière est plus important que la technique photographique. C’est au photographe de maîtriser tous les paramètres, car c’est lui qui est responsable du résultat final, mais il doit faire collaborer une équipe (même si l’équipe n’est parfois constituée que du photographe et du modèle). C’est une façon de travailler que j’aime et dans laquelle je souhaite m’investir davantage.

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Le travail en studio m’a permis de découvrir cet autre monde, celui des photographes de mode, des modèles, des maquilleuses et des stylistes, créatif et passionnant, bien loin de mon ancien milieu professionnel très scientifique. Dans ce milieu, contrairement à ce que l’on pourrait être tenté de croire, les gens bossent énormément.

Enfin, en ce qui me concerne, jusqu’à présent j’ai emmené mes flashs studio sur le terrain. J’ai toujours eu la chance d’avoir une prise à proximité… ou une grande rallonge ! Mais la chance est parfois aussi de la partie : sur un carreau de mines belge, j’ai profité d’une lumière parfaite, tamisée par des nappes de nuages, lors d’une séance avec modèle. Je réfléchis à investir dans du matériel portable ou même un générateur, mais je n’ai pas encore sauté le pas.
As-tu des projets récents ou en cours ?
J’ai eu récemment une première expérience d’exposition, au Salon de la Photo de Strasbourg. J’avais rencontré l’un de membres de l’organisation du Salon…en Birmanie. Il m’avait expliqué leur projet d’exposition, proposé de participer, puis finalement ils ont accepté les deux séries que je leur ai proposées. J’ai compris l’importance de pouvoir réaliser des tirages de qualité, alors que je n’avais montré mes images que sur le Web auparavant. Voir tes photos de modèles sortir en 40×60 ou 50×50 t’ouvre vraiment à une autre vision de tes images…A Strasbourg, j’ai apprécié la rencontre avec d’autres photographes, découvrir des pratiques très différentes des miennes et discuter de leurs manières de faire. Mais j’ai été un peu déçu par le peu de commentaires que le public faisait sur les photos. J’ai été trop habitué aux retours avec ForumOphoto !

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Je termine actuellement de présenter des photos d’un voyage à Madagascar. J’avoue que malgré l’intérêt du voyage, je suis un peu déçu des photographies, à cause de la lumière qui est très dure la plupart du temps et parce que je ne veux pas non plus montrer une image « misérabiliste » de ce pays. Malheureusement, c’est ce qui en ressort le plus souvent. Et je reviens du Myanmar (Birmanie), un voyage que j’ai beaucoup aimé. Les gens y sont aussi curieux de savoir ce qui se passe en dehors de leurs frontières. Les moines bouddhistes, qui passent leur vie à étudier, ont une culture étonnante. Mon principal problème a finalement été que je passais beaucoup plus de temps à discuter avec les gens plutôt qu’à prendre des photos ! Mon prochain travail est donc de traiter les photos que j’y ai prises.

Enfin, je souhaite faire une pause en ce qui concerne les voyages, pour me perfectionner en photo de mode et en studio. En particulier, apprendre à mieux diriger les modèles et à réaliser des shoots dans des lieux intéressants. Le contraste entre un modèle féminin, chic et sophistiqué, et un cadre de type friche industrielle est quelque chose qui me fascine. C’est une chose dont je rêvais et que j’ai déjà pu réaliser dans le carreau de mines dont j’ai parlé, avec Marie, pour le projet « corset industriel ». Tout le problème est de trouver les lieux adéquats ! En une autre occasion, j’avais également pu exploiter un château en Belgique, mais j’aimerais vraiment réaliser d’autres projets dans ce sens. Et aussi poursuivre ma série « pin-up »…

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Quelles sont tes références en photographie ?
Je n’ai pas une grande culture photographique. J’essaie de rattraper un peu cette lacune, mais pour l’instant je me réfère surtout à des noms très connus. En reportage, je retiens Jean-Philippe Charbonnier, qui a si bien décrit l’univers du Nord des années 50, celui de mon enfance. Pour la photo de mode et de studio je retiens les noms de Richard Avedon, Man Ray, Jeanloup Sieff, Helmut Newton, Bettina Rheims, Jan Saudek, J’adore aussi l’univers de Philippe Halsman, en particulier toute sa collaboration avec Salvador Dali. Enfin, plus récemment, je suis tombé en admiration devant le travail d’Hans Silvester, dans son livre « Fenêtre sur l’Afrique ». Il réunit mes sujets de prédilection : le voyage et le portrait. Avec tout le travail d’acceptation que l’on imagine derrière et ces tableaux étonnants auquel il parvient.

Je ferai une place à part à François Benveniste, dont j’admire le travail. Ce photographe a vraiment un grand sens du partage, il m’a beaucoup aidé dans ma découverte du studio et du traitement numérique. J’ai eu la chance de réaliser un stage chez lui, une opportunité qui n’existe plus malheureusement… Le principe du stage était le suivant : un modèle, deux photographes, une séance photo ; et François changeant et déplaçant les éclairages, pour nous démontrer la place de la lumière. Le tout était suivi d’une séance Photoshop, qu’il maîtrise de façon impressionnante ! On ressentait vraiment chez lui une véritable envie de transmettre.

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Et pour ce qui est de la retouche photo, Scott Kelby est ma référence principale. Je me suis procuré tous ses ouvrages. J’ai lu beaucoup de choses dans le domaine, mais Kelby est de loin celui que je préfère. Chaque point est expliqué pas à pas. Avec beaucoup d’humour, ce qui me plaît bien ! Au début, travailler sur la base de tutoriels, depuis les images mêmes de l’auteur, qu’on peut télécharger depuis le web, est précieux. Toute la série des ouvrages de Michael Freeman est aussi à conseiller.

Quel serait ton matériel de prédilection ?
Le premier réflex que j’ai acheté était un Canon, parce qu’il avait une monture baïonnette, un mode priorité vitesse et que le SAV avait bonne réputation. Je suis resté fidèle à la marque, mais je pense que ça n’a pas beaucoup d’importance : le regard photographique est plus important que le matériel. Après tout, mon oncle m’avait montré qu’on pouvait faire des photos avec une boite d’allumettes percée d’un trou d’épingle.

Mon retour à la photographie a quand même vraiment coïncidé avec l’achat d’un 5D, que je trouve bien au-dessus des petits capteurs. Avec le plein format, je retrouve aussi mes marques au niveau des optiques et une meilleure dynamique d’image. J’ai pu avoir le 7D entre les mains, il est également très bon pour un petit capteur, mais l’idéal serait sûrement d’allier 5D et 7D…pour les plus fortunés !

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En voyage, j’utilise des zooms, un 70-200 F2,8 et un 17-40 f4,0 essentiellement, ainsi qu’un50 mm fixe f1,4 que j’emmène partout. J’utilise de plus en plus le 17-40, car je trouve maintenant qu’il vaut mieux être à proximité des gens pour faire de bonnes images. Prendre les gens de près se sent dans tes photos. J’ai aussi tendance à remplacer le 70-200 par mon 85 f1,2 : c’est une optique fabuleuse pour le portrait, malgré son poids et la difficulté de maîtriser la faible profondeur de champ.

En studio, j’utilise le 24-70 f2,8 qui suffit à tous mes besoins. Je me suis monté un studio chez moi, avec des flashes Visatec, mais finalement je l’utilise assez peu car c’est assez difficile de faire venir un modèle dans ma petite ville de province. C’est finalement plus avantageux de louer un studio bien équipé à Paris, à Lille ou à Bruxelles.

Question matériel, j’ai aussi la chance d’avoir un ami qui tient une boutique près de chez moi. J’achète tout chez lui, car rien ne remplace le service et le dialogue avec un commerçant passionné. Qui plus est, au moindre souci il remue ciel et terre chez Canon pour accélérer les choses. C’est une relation à laquelle je reste fidèle.
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Quels conseils donnerais-tu aux amateurs moins expérimentés ?
Mes conseils seront différents selon la personne à qui je m’adresse. Pour commencer, et j’espère que ça ne paraîtra pas être une remarque sexiste, j’ai remarqué une chose qui me semble vraiment une constante. Les hommes abordent la photo par l’aspect technique, parlent de matériel, de marques, d’objectifs, d’ouverture, de vitesse, de profondeur de champ…mais l’émotion n’est pas là. Puis ils se rendent compte qu’une bonne technique ne suffit pas et ils essaient de développer leur sens artistique. A l’inverse, les femmes sont plus douées a priori pour cadrer et composer une image, exprimer une émotion. Elles ne viennent à la technique que quand elles s’aperçoivent que ça leur est nécessaire pour rendre un effet particulier. Quant aux hommes, l’émotion ne vient qu’après…voire, jamais ! (nous rions).

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Ensuite, les deux aspects, technique et artistique, sont importants. Sur le plan technique, il faut avoir la patience de lire et même d’apprendre par cœur le manuel de son appareil photo. Puis de s’en servir le plus souvent possible, l’idéal étant de l’avoir toujours avec soi. C’est comme ça que l’on acquiert les automatismes. L’appareil photo doit devenir le prolongement du photographe, une partie de lui-même.

Parallèlement, il est important de développer son regard de photographe. Cela peut se faire en regardant des photos, mais aussi des tableaux, des films, des sculptures et en essayant d’analyser ce qui fait que telle œuvre nous fait ressentir quelque chose. Pour cela, la participation à un forum tel que ForumOphoto est très formatrice. On apprend à critiquer une photo et à comprendre pourquoi elle fonctionne ou pas. Même si j’apprécie aussi cette phrase de E. H. GOMBRICH, critique d’art, qui disait avec humour : « Mickey Mouse ne ressemble pas beaucoup à une vraie souris, pourtant les gens n’écrivent pas des lettres aux journaux pour critiquer la longueur de sa queue ! ».

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Ayez aussi la patience de prendre plusieurs photographies d’un même sujet, en faisant varier les paramètres et en comparant ensuite le résultat obtenu en fonction des exifs. Même chose en utilisant des objectifs différents : vous verrez que les différentes focales ne servent pas seulement à rapprocher ou éloigner un sujet, mais donnent aussi des perspectives et des effets différents.

Un dernier mot en lien avec l’avènement du numérique : l’écran LCD de votre appareil ne doit servir qu’à vérifier rapidement l’exposition. Ne passez pas votre temps à le regarder, restez attentif à ce qui se passe autour de vous.

Un mot pour conclure ?

Dans votre passion, vous aurez des passages à vide, des moments où vous avez trop de soucis, où l’envie n’est plus là, où la créativité n’est pas présente. Ne vous découragez pas. Et essayez d’apprendre toute votre vie.

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  33 commentaires à “Damien Artus (Da59) : nous ne photographions jamais que la lumière…”

  1. Superbe interview, je reconnais fort bien mon ami Damien que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’un voyage au Vietnam.
    Damien c’est la modestie, la gentillesse, l’intelligence et le don de la photo.

    Chapeau à vous d’avoir recueilli et transcrit cet interview.

    Michel

  2. Superbe interview, en effet, pleine de bon sens. Ravie que tu aies pu constater que dans le milieu de la photographie de mode, « contrairement à ce que l’on pourrait être tenté de croire, les gens bossent énormément. » Quant aux façons masculine et féminine d’appréhender la photo, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle, mais maintenant que tu mets le doigt dessus, ça me paraît évident ;-)

  3. Je ne connais pas Damien personnellement, mais j’aime beaucoup sa personnalité !
    Alors je suis bien content d’en découvrir plus dans cette interview :)
    « Quant aux hommes, l’émotion ne vient qu’après…voire, jamais ! » je me reconnais dans ce que tu dit, en avançant dans la photo, j’ai l’impression m’ouvrir à l’émotion qu’elle procure, et de quitter l’aspect simplement matériel de la chose, pour aller vers quelque chose de plus en plus cohérent… mais la route reste longue ! (et heureusement !).

  4. Quel bavard ce Damien pour un timide… ;-) … ca doit etre à ca qu’on reconnait un passionné!!!
    Chouette interview et chouette gars, c’est certain !

  5. Superbe interview, superbe portrait! Et quel enseignement que tu nous donnes ici Damien!
    Je dirai juste une chose: Merci :-)

    Bon, il ne me reste plus qu’à aller chez le libraire pour me procurer des ouvrages de ces fameux auteurs!
    Allez hop, dans ma wishlist!

  6. Superbe interview plein de modestie et de belles vérités!
    Merci pour ces précieux conseils et ce magnifique témoignage à propos de la passion de la photographie :)
    Ca donne envie de s’impliquer à deux cent pour cent dans des projets photos ;) et d’en apprendre encore et toujours plus !
    Encore une fois merci de nous avoir offert cette rencontre avec un photographe passionné; au delà d’un pseudo, de quelques photos et de critiques (constructives bien entendu :P ) du forum..
    Et puis bravo pour les remarquables expériences citées!

    Chaleureusement,
    Rebecca

  7. Merci à Da59 d’avoir pris la peine de répondre aux questions du très curieux Jlarrea.
    On en apprends beaucoup.

    Vivement la prochaine interview,

    Zoko

  8. Très constructif, et on connaît mieux le personnage:) Damien, si tu me lis ;) et puis j’adore la photo du pont avec la silhouette en ombre chinoise :)

  9. Un grand merci à Jlarrea pour m’avoir fait parler, moi qui suis plutôt « taiseux », ça a été d’autant plus facile que mon interloctuteur est très sympathique et également passionné, j’ai passé un excellent moment d’échange !
    Merci aussi à ceux qui ont laissé un commentaire, que je les connaisse directement comme Michel ou about, ou par l’intermédiaire du forum :razz:
    About, c’est en avant-première une des photos du Myanmar à venir sur FOP…
    Amitiés
    Damien

  10. je suis dans les clins d’oeil
    de « la boutique prés de chez lui  »
    un seul commentaire à vous de ce forum
     » vous avez bien raison de le fréquenter « 

    • Merci Didier pour ton passage et ton commentaire, je vois que tu as bien lu l’article…
      Bien sûr je ne pouvais pas ne pas te citer, pour ton amitié, les discussions que nous avons autour de la photo, tes conseils toujours excellents et avisés, la qualité du service que tu tiens toujours à apporter à tes clients, mais aussi pour ta compétence en colorimétrie : la qualité des tirages papier que tu as réalisés pour mon expo fait l’unanimité !
      Amitiés à partager avec toute l’équipe…

  11. Bel entretien! beaucoup de travail et de volonté, une chaleur humaine qui se ressent au travers de ces commentaires, un  » bavardage » particulièrement agréable, qui nous permet de mieux te connaitre et de découvrir ton parcours.

  12. Bravo. Damien est toujours aussi intéressant.

  13. Je découvre avec grand plaisir cette interview qui permet en effet de mieux connaître la personne derrière l’avatar et le pseudo :-) J’en suis ravie d’en savoir plus sur toi Da !
    Hé oui, Jlarrea a le don de faire parler les taiseux, je confirme !

    Riche initiative que cette rubrique, je le répète.

  14. je ne te connaissais que derrière derrière tes coms et surtout un avatar ou tu as une allure de père tranquille :) . Cet interwiev reflete bien l’image de ton avatar et je suis ravi d’en apprendre un peu plus sur toi .
    Bravo à tout les deux et merci

  15. Nous venons de nous « croiser » sur le forum et j’avais envie d’en savoir un peu plus sur vous
    Même si je ne suis qu’un amateur basic, ce qui est dit plus haut me plait beaucoup, énormément même !
    Je vais allé voir vos clichés…
    Gérard

  16. oups!
    je vais aller, bien sûr

  17. Il a été biologiste. Il est maintenant PHOTOGRAPHE.
    S’il s’exécute papa et papi (oups, maintenant on le sait que vous l’êtes) de la même façon qu’il s’exécute à sa passion. Alors, il doit être  » STUPEFIANT « .
    Toutes les personnes qui ont croisées votre chemin doivent être fières de travailler avec vous.
    En tous cas, moi, je le suis. Fière d’avoir croisé votre chemin.

    S’il manie autant d’appareils qu’il a pratiqué avec autant de salariés (à l’époque)…
    Tous plus performants que d’autres. Tous n’avaient pas le même OBJECTIF;

    Le mien sera de lier la photographie avec le coup de crayon (quand j’aurai plus de temps !!!)
    Je serai, certes, plus proche de la LUMIERE !
    En tous cas, l’émotion fera partie de mes proches…
    Merci Monsieur !!!!
    La modeste traductrice que j’ai été lors de l’adoption de votre fils.

    • Merci Térésa pour votre passage par ici…
      Sachez que j’ai été heureux de travailler avec vous, parfois le contact avec vous tous me manque…
      Mais j’ai la chance de pouvoir mener cette deuxième vie.
      N’attendez pas trop « d’avoir plus de temps » pour vivre vos rêves, et exprimer vos émotions dans une activité différente.
      Amitiés, et bises à votre petite famille.

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